La polémique sur les essais nucléaires

Le 13 juin 1995, Jacques Chirac, élu depuis peu président de la République, annonce la reprise des essais nucléaires français sur l'atoll de Mururoa en Polynésie française. Par-delà les enjeux stratégiques des derniers essais français, devenu une véritable poubelle nucléaire, va-t-il se comporter à long terme?

Pourquoi ces derniers essais ?

Les objectifs affichés de cette dernière campagne d'essais étaient d'effectuer l'ultime tir de la tête nucléaire TN75, de contrôler le vieillissement des amorces des bombes et les dispositifs de sécurité et de recueillir d'ultimes données chiffrées pour l'élaboration des techniques de simulation. Simultanément, la France annonçait sa participation à la signature du traité d'interdiction totale des essais nucléaires prévue pour 1996.

Mais à quoi servent les armes nucléaires ?

Pour les experts militaires, le maintien de l'arme nucléaire s'inscrit dans la politique de dissuasion et d'indépendance poursuivie par la France. Posséder un armement nucléaire sûr, car soumis à des tests répétés de vérification, serait une garantie ultime de défense du territoire et constituerait une menace vis-à-vis de tout adversaire tenté d'utiliser cette arme. Dans le même temps, l'interdiction totale des essais viserait à réduire le nombre des pays susceptibles de devenir une puissance militaire nucléaire.

Les opposants à la reprise des essais nucléaires

Cette décision a provoqué de vives réactions. Plusieurs Etats se sont élevés contre cette reprise des essais français comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi que le Japon dont l'opinion publique, 50 ans après Hiroshima, est restée très sensible au nucléaire. De vastes campagnes ont été menées par des mouvements antinucléaires, dont le mouvement Greenpeace qui a rallié beaucoup de pacifistes allemands, scandinaves et néerlandais. En revanche, l'opinion française s'est montrée relativement réservée. Selon un sondage effectué par la Sofres en septembre 1995, 59 % des Français étaient hostiles à la reprise des essais mais 60 % étaient favorables à la possession par la France de l'arme nucléaire.

Les critiques exprimées

Bien que contraints, pour la 1re fois, à un minimum d'explications, les experts militaires n'ont pas toujours convaincu. Les critiques suscitées par cette campagne portaient notamment sur l'absence d'un vrai débat entre les politiques, les scientifiques et les citoyens, sur l'absence totale de transparence en ce qui concerne les risques pour l'environnement, et sur les justifications officielles de ces essais, considérées comme de faux prétextes. Certains se sont interrogés sur ce mauvais exemple, donné par la France, de violation d'un engagement international d'arrêt des essais nucléaires et sur l'ambiguïté d'une attitude consistant à moderniser son arsenal militaire tout en refusant à d'autres nations le droit de développer le leur.

Une chape de silence

Il est difficile aujourd'hui d'estimer l'impact, sur l'environnement et sur les populations, de nombreux essais nucléaires effectués à Mururoa, car le site n'est pas accessible à qui le désire et aucune donnée précise n'a été fournie par les autorités françaises. Aucun suivi médical çà long terme des Polynésiens qui travaillaient sur les atolls, ni aucun suivi de la population polynésienne n'a été effectué. Seule la radioactivité ambiante a été mesurée, révélant une contamination très faible de l'environnement. On est en droit de s'interroger sur une telle mise en secret. Les autorités n'ont-elles pas un devoir d'explication vis-à-vis de leur opinion publique ?

3 missions scientifiques

Seules 3 missions scientifiques ont été autorisées à se rendre sur les lieux et pour des durées très brèves : celle conduite par Haroun Tazieff en 1982, la mission néo-zélandaise dirigée par H. Atkinson en 1983 et celle dirigée par Jacques-Yves Cousteau en 1987. Aucun dossier scientifique ne leur a été transmis. Seule l'équipe Cousteau a eu le droit de prélever des échantillons autres que de l'eau, à des fins d'analyse, et ce uniquement dans les zones indiquées par les militaires.

Ces 3 missions ont estimé qu'il n'y avait pas de danger immédiat pour l'homme et l'environnement mais aucune n'a voulu se prononcer sur le devenir à long terme du site.

Un atoll qui donne des signes de fatigue

Cependant, il est indéniable aujourd'hui que l'atoll de Mururoa, qui ne mesure que 28 km sur 9, a beaucoup souffert des 134 tirs qui ont fait trembler son sous-sol.

En 1987, l'expédition Cousteau a constaté la présence de failles et de fractures, apparemment récentes, mesurant jusqu'à 2 mètres de large, qui pourraient provenir des essais. Elle a aussi observé des éboulements et l'apparition de nouvelles fissures, suite à un tir effecuté sous le lagon. Cette fragilisation de la couronne corallienne pourrait avoir des conséquences néfastes (fuites radioactives), d'autant que le nombre important d'essais effecutés sur ce site a eu pour résultat une forte accumulation de déchets très radioactifs. Or le sous-sol de l'atoll ne possède aucuen des caractéristiques jugées indispensables pour un site de stockage à long terme de déchets civils : il est naturellement gorgé d'eau et très fissuré.

Le risque à terme pourrait être une remontée de radionucléides entraînés par des mouevments d'eau et une contamination de l'océan.

Des experts de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) devraient dresser, d'ici à 1998, un bilan radiologique et géologique de l'atoll.

L'annonce de la reprise des essais nucléaires français en juin 1995 a été diversement appréciée. Elle a soulevé une fois de plus la question cruciale du désarmement de la planète. La question des effets à long terme, pour l'homme et pour l'environnement, des essais français de Mururoa reste sans réponse aujourd'hui car les données dont disposent les autorités sont classées secret-défense.

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